Lisbeth Verwest dans les dunes knokkoises
Le peintre gantois Robert Aerens (1883-1969) entama sa formation en 1897 à l’Académie des Beaux-Arts de Gand, où il devint lui-même professeur en 1924. Il s’établit en 1902 à Afsnee (village en bordure de Lys jouxtant Laethem-Saint-Martin), mais partageait en cette période un atelier à Gand avec e.a. Léon De Smet et Frits Van den Berghe. Il y naquit une amitié durable et indéfectible avec ce dernier.
Dans cette composition des plus délicates, l’artiste esquisse, au travers de touches picturales aux teintes veloutées, l’image d’une jeune fille qui, assise sur sa serviette de plage, se perd dans la lecture de son livre. L’expression de son doux visage dégage une grande sensibilité et une profonde sérénité. Des nuances subtiles et des contrastes gradués de lumière et d’ombre apportent, de pair avec un jeu de courbes et contre-courbes, un mouvement aux ondulations de l’environnement dunaire dans lequel se fond la jeune fille.
Cette œuvre post-impressionniste, réalisée par Robert Aerens en 1911 – période où l’artiste loua une résidence de vacances à Knokke, sur la Helmweg – immortalise sa jeune épouse, la poétesse Lisbeth Verwest, de deux ans sa cadette, dans les dunes de Knokke. Robert Aerens et Lisbeth Verwest s’étaient mariés un an plus tôt, en 1910. Aerens et ses compagnons peintres avec leurs moitiés fréquentaient assidument les dunes knokkoises et zoutoises, où ils s’adonnaient quelquefois, selon la rumeur, à de petites fêtes un tant soit peu coquines…
Lisbeth Verwest mourut en 1921, à seulement 36 ans, des suites d’une maladie pulmonaire chronique contractée pendant la Première Guerre mondiale, période durant laquelle Aerens était au front. Lisbeth Verwest était une femme polyvalente, cultivée et artistique. De profession couturière-créatrice, elle pratiquait également l’aquarelle, la sculpture et écrivait de la poésie. Son recueil Poèmes en prose fut publié à titre posthume. Le romancier et poète gantois Johan Daisne, connu notamment pour sa nouvelle De trein der traagheid et qui, grâce à ses parents, connaissait dès son plus jeune âge presque tous les écrivains et artistes gantois de l’époque – qu’il appelait ‘oncle’ ou ‘tante’ –, considérait Lisbeth comme la plus belle de toutes les ‘tantes’ qu’il avait connues dans sa jeunesse. Il l’appelait affectueusement Tantelle (Tante L.) et lui rendit un vibrant hommage dans son roman Lago Maggiore.
Le tableau orna tour à tour le domicile d’Aerens à Afsnee et son atelier à Gand jusqu’à sa mort en 1969, pérennisant ainsi le souvenir de son premier amour. Sa succession, comprenant la toile en question, revint intégralement à sa nouvelle compagne, bien plus jeune que lui, Suzanne Cnudde, qui s’installa à Knokke et mit l’œuvre en vente quelques années après le décès de Robert Aerens à la galerie anversoise – également maison de ventes aux enchères – Guillaume Campo. La toile fut finalement vendue chez Campo en 1977 (l’étiquette de l’expo-vente de 1977 est d’ailleurs toujours apposée au dos du châssis, à l’arrière du tableau). Cette même année 1977, Suzanne Cnudde mourut à Knokke. Ainsi se referme la « boucle knokkoise » de cette œuvre aboutie aux dimensions généreuses (80x100cm., hors cadre).
prix: sur demande
La galerie sera exceptionnellement fermée le weekend du 15-16 août. N'hésitez pas à nous appeler ou à nous envoyer un mail en dehors des heures et jours d'ouverture ou si vous ne pouvez pas vous rendre à la galerie à Knokke.
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